Après Sans Casque ni Bouclier, deux nouveaux témoignages sur la police d’aujourd’hui. Les réalités d’un métier qui, de plus en plus, s’éloigne d’un service public pour devenir un outil de répression, soumis à des règles de rentabilité absurdes et inefficaces.
Film sous Licence Creative Commons : 2.0 (Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification).
Pour en savoir plus, vous pouvez vous référer à l’ouvrage de Jamel Boussetta aux Editions Duboiris : Jamel Le CRS
Ou consulter l’enquête des chercheurs Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhana : en PDF
Un témoignage de policier mis en ligne sur le site du Monde : Un policier témoigne
Les statistiques sont celles disponibles sur le site du ministère de l’Intérieur.
Merci aux Editions Duboiris pour les photos.
Texte complet de l’interview
Jamel : Je m’appelle Jamel Bousseta, j’ai 25 ans, j’étais ancien CRS. Je suis entré dans la police en septembre 2003. (…) En septembre 2005 j’ai choisi ma spécialisation, je suis devenu CRS. En septembre 2006 j’ai donné une interview à la presse pour raconter l’envers du décor de la police nationale et de ce fait, j’ai été révoqué pour-non respect du droit de réserve.
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Carton de titre : Paroles de Policiers
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Policier anonyme : Dans un commissariat, personne ne se désolidarise… parce qu’après ça deviendrait intenable pour le fonctionnaire.
Regarde à vue : Personne ?
Policier anonyme : Non, non, jamais.
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Carton : La police aujourd’hui…
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Jamel : « Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la protection de la police ; elle ne doit subir, de la part des fonctionnaires de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant »
(NDLR : art. 10, extrait des « DEVOIRS GENERAUX DES FONCTIONNAIRES DE LA POLICE NATIONALE »)
Ca c’est quelque chose qui n’est pas respecté par certains fonctionnaires. D’autre part :
« Le fonctionnaire de police qui serait témoin d’agissements prohibés par le présent article engage sa responsabilité disciplinaire s’il n’entreprend rien pour les faire cesser ou néglige de les porter à la connaissance de l’autorité compétente. »
Ca c’est une phrase qui m’a toujours fait rire. Puisque si on a le malheur de balancer un collègue qui a frappé un gardé à vue, qui s’est mal comporté vis-à-vis d’un citoyen, et bien franchement on est mis au placard direct. On est le vilain petit canard, on est la balance de la police et ça c’est pas bon. C’est-à-dire qu’on se retrouve à l’écart d’une brigade. Dans la police, il ne faut pas balancer. Un collègue qui frappe quelqu’un, si tu veux faire une carrière tranquille, pendant 35 ans, 40 ans, tu fais ton boulot, c’est comme les trois singes, t’as rien vu t’as rien entendu ça s’arrête la.
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Policier anonyme : Le fait divers qui s’est passé il y a pas longtemps, lors des manifestations en banlieue, c’est… Une gifle… il n’y a rien de plus commun qu’une gifle dans les locaux d’un commissariat. Les jeunes s’entrainent, les anciens leur montrent comment faire. La gifle qui part bien, qui laisse pas de traces qui est pas vraiment violente mais qui est humiliante. qui a la volonté d’humilier plus que de marquer ou de faire mal.
Regarde à vue : Et ça c’est pas sanctionné ?
Policier anonyme : Non, ça non, c’est pas sanctionné. Une gifle, c’est pas sanctionné. Non, parce que sinon, on serait tous sanctionnés
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Carton : En 2005, le rapport d’Amnesty international fait état de « Mauvais traitements infligés par des agents de l’État »
« Les statistiques publiées en mai par la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), organe de surveillance de la police et des prisons, laissaient apparaître que le nombre de saisines pour actes de violence ou brutalités imputables à la police avait presque doublé en 2003 par rapport à l’année précédente. »
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Jamel : Je plains énormément de collègues, parce que malheureusement ils sont témoins de bavures policières, mais généralement dans la police on règle tout en interne.
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Policier anonyme : J’ai connu le problème à l’école de police où si on n’est pas d’accord, on est tout de suite victime de harcèlement tous les jours. On est considéré comme un délinquant, à partir du moment où on partage pas l’opinion commune. Et c’est assez marrant parce que les brigadiers-chefs qui ne sont pas non plus des intellectuels… ils ont des réactions de films policiers de catégorie B. « On va fouiller dans votre passé. » « On va vous faire craquer. »
Regarde à vue : Des menaces ?
Policier anonyme : Oui, oui. menaces, intimidations. Les écoles de police c’est non plus des lieus très démocratiques.
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Jamel : Moi j’ai été victime des bavures policières lorsque j’étais jeune, lors d’un contrôle d’identité, on était en bas de mon hall. Le contrôle d’identité se passe super bien, et là, il y a un collègue de la BAC qui dit à son autre collègue : « Viens, on leur fait le coup de Auschwitz ». Je ne savais pas ce que c’était à l’époque. On nous demande de nous rassembler dans un coin du hall et là on commence à nous gazer et eux ils étaient pliés de rire. C’est vrai qu’il y avait des coups de matraque qui se perdaient et il y avait ce coup de gazeuse qui s’est perdu. A la suite de ça, j’ai su que c’était un camp de concentration. Donc là, j’ai pris conscience de cet acte.
Une fois un CRS est venu, parce qu’il recherchait quelqu’un et c’est vrai qu’ils sont venus, vraiment une vingtaine et ils ont commencé à tabasser tout le monde. Donc moi je me suis ramassé un coup de tonfa. Le tonfa, c’est une arme de 6ème catégorie et il faut savoir qu’avec cette arme on n’a pas le droit de viser la tête. J’ai eu ce diplôme lorsque j’ai choisi la spécialisation de CRS et la tête est une zone rouge, comme le dos. Donc je me suis ramassé se coup de matraque dans la tronche et là c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’avais le visage qui avait doublé de volume, lorsque j’ai voulu porter plainte au commissariat avec ma mère, limite le mec il me dit « Ecoute coco, je pense que tu l’a bien cherché ». Ca, ça m’a énervé et puis j’ai bien réfléchi, je me suis dit : un jour, je vais être comme eux, un jour, je serai policier.
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Carton : Il y a ceux qui sont « connus des service de police » et puis il y a les autres.
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Policier anonyme : Mais bon, il faut pas grand-chose pour être « connu ». Il suffit d’avoir été contrôlé deux ou trois fois, si on n’a pas le « look », on est « connu ». Même si on n’est fiché nulle part, on est « connu ». Il suffit que vous ayez une casquette vissée en arrière sur la tête, un jogging, et vous êtes forcément suspect.
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Jamel : Il y a énormément d’abus de pouvoir au sein de la police nationale. Par exemple, toi tu m’as rien fait, mais si je décide de te coller un outrage ou une rébellion, c’est ma parole contre la tienne.
Regarde à vue : Et a priori si t’es policier …
Jamel : Ben, je gagne ! Je gagne, t’as pas de témoin, t’as rien. Tu m’as insulté, je dis : « Voilà, elle m’a insulté de … hum de ça » ou « Elle s’est rebellée » : outrage et rébellion. Je sais que t’as du fric, je sais que tu travailles, donc je vais arrondir mes fin de mois comme ça, tout simplement.
Regarde à vue : Ca coûte combien à peu près ?
Jamel : Outrage et rébellion, c’est 7500€ d’amende et 6 mois d’emprisonnement ferme.
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Policier anonyme : C’est devenu une tradition l’outrage, dans le sens où on sait qu’on va gagner de l’argent. Certains multiplient les outrages pour gagner un peu d’argent. Le problème du gardien, assez subtil, c’est de trouver la personne solvable. Parce que c’est pas de chance, si on fait un outrage sur quelqu’un qui n’est pas solvable. Certains sont spécialistes de l’outrage. J’ai vu des fonctionnaires qui poussaient les jeunes à bout. En leur mettant des amendes à répétition, jusqu’à ce que le permis à points soit supprimé. Donc la personne forcément des fois elle s’énerve un peu… mais il ne faut pas qu’elle s’énerve parce que là elle rentre dans le système où on ne dira pas : « Il s’est énervé parce que le fonctionnaire a enlevé son machin… » On dira : « Voilà, il est bien connu, il a eu plusieurs contraventions… » « il s’est énervé parce que… » En fait, on inverse un peu les rôles. La logique est un peu inversée.
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Jamel : Une anecdote une fois, une collègue qui voulait coller un outrage à un pauvre monsieur, le monsieur vraiment très BCBG, il a dit tout simplement « Vous n’êtes qu’une petite sotte » parce que la collègue lui avait mal parlé, ça je le reconnais. Le monsieur s’est un petit peu énervé, mais bon « sotte » c’est pas un grand gros mot, c’est vraiment mesquin, c’est bas. Arrivé au commissariat la collègue à fait une procédure : « Il m’a insulté de sale pute et de salope » entre « sotte », « sale pute » et « salope » il y a une grande différence. Moi j’ai été témoin des faits, je lui ai dit : « Je refuse de signer ta procédure ».
Il y a des spécialistes de ça, c’est-à-dire qu’ils arrivent à coller deux outrages et rebellions dans le mois, c’est toujours ça de pris. Mais ils font quand même attention maintenant, parce que les procureurs de la république en ont un petit peu marre de toujours voir les mêmes personnes, les mêmes collègues coller des outrages et rebellions. Donc à un moment donné le proc’ se dit qu’il y a un petit problème quelque part. Mais c’est vrai que généralement ils s’arrangent pour coller de temps en temps un petit outrage.
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Policier anonyme : La rébellion, c’est un outrage qui a mal terminé souvent… Ca sert aussi à cautionner les blessures qui sont faites sur quelqu’un qui a mal pris le… qui a été interpellé un peu brutalement s’il est blessé C’est le système juridique qui veut ça en fait, s’il est blessé il faut se protéger donc on porte plainte contre le… contre la personne pour justifier les blessures. Donc « outrage et rébellion ». Ca donne une justification à la blessure a posteriori.
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Extrait des statistiques de la police nationale :
Outrages à dépositaires autorité : 23 597
Violences à dépositaires autorité : 17 317
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Jamel : Il y a de très très bons fonctionnaires, ça je tiens à le souligner. Des fonctionnaires avec qui j’ai travaillé, franchement ce sont des fonctionnaires responsables et respectables, vraiment très humains. J’ai pris plaisir à travailler avec eux, si il n’y avait que des policiers comme ça, je serais resté dans la police, en tout sincérité, mais il y a beaucoup de personnes qui, dès qu’ils ont un uniforme, on ne les reconnaît plus. J’ai des collègues que je côtoyais en civil et quand ils avaient un uniforme, c’étaient pas les mêmes.
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Policier anonyme : Un mauvais fonctionnaire, j’en ai connu un, moi, qui était suspendu pour violences, pour tout ça et il restait au contact du public. Personne ne veut de lui, dans le sens où… Il est très très bien noté, même si il a une carrière marquée par des excès de pouvoir, des abus, et des violences… et il est très bien noté parce que en fait, si on le note mal, il ne partira jamais. Aucun service ne voudra l’accepter. Donc lui il est bien noté.
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Jamel : Moi, franchement, même à l’heure actuelle, lorsque j’étais encore fonctionnaire de police, j’étais pas rassuré quand je voyais la BAC… Heureusement ! Heureusement que j’étais policier, heureusement que j’avais une carte de police. Mais c’est vrai que la plupart de mes collègues qui m’ont interpellés c’étaient toujours la BAC, toujours. Pour des contrôles d’identité, parce qu’ils m’ont confondu avec une personne… mais dieu merci ! j’avais ma carte pour me protéger (rires).
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Policier anonyme : La BAC, ils ont tout un équipement, même s’ils sont en civil : brassard « Police », Tonfa qui dépasse, l’arme qui dépasse… un tas de gadgets qui servent à rien. Dans chaque service où j’ai vécu… enfin, que j’ai vu à Paris… J’ai jamais vu la BAC ramener des grosses affaires. Ca c’est certain. La BAC bon ça fait peur, ça fait rêver les gamins, ça fait peur au brave citoyen… Il y a quelques années a été créé un service comme ça qui ne sert à rien : l’UMIP (Unité Mobile d’Intervention et de Protection) qui tourne dans Paris autour des bâtiments officiels. Bon, ils sont habillés comme des guerriers : pantalon trellis blouson machin-truc, avec toutes les insignes de police pas possibles, fusil à pompe, cagoule, ça sert absolument à rien, ça fait du bleu un peu partout dans Paris. Ils ne font absolument rien du tout. J’avais un copain, à l’époque, qui y était. Il était bien content d’y être, parce que en fait, il tournait en rond dans une voiture dans Paris toute la journée. puis ça s’arrêtait là. Ca l’obligeait pas à faire de procédure, il ne recherchait pas non plus de délinquant… il relevait deux trois contraventions par jour… Mais bon, c’était présenté comme un service d’élite.
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Jamel : Franchement il y avait pas mal de collègues qui traitement des petites affaires. Quand on les appelait, quand ça partait en sucette dans les cités : « Ah non, on y va pas, on va se faire caillasser. Ah non, j’ai peur » ou quand c’était le gros trafiquant qui se faisait interpeller ou quand on devait l’interpeller : « Ah non non putain, c’est un dangereux ». Ils ont peur. Par contre, quand il s’agit d’emmerder le petit citoyen qui a commis une petite infraction, là ils n’y vont pas de main morte. Et en garde à vue, c’est vrai qu’il y avait certains trafiquants qui étaient connus, qui étaient respectés. Eux avaient le droit à des couvertures, à fumer leurs clopes, à un café. Et il y a un truc qui m’a choqué une fois, c’était en garde à vue, il y avait un petit qui s’était ramassé un coup de boule, par contre le grand qui faisait deux mètres, qui était super baraqué, lui il foutait la merde mais aucun policier n’osait l’approcher. (Ironique) Ben oui, on frappe les plus faibles, c’est normal.
On est rentré dans une politique de répression, c’est « faire du chiffre », « faire du chiffre », « faire du chiffre ». Généralement c’est vrai qu’on faisait beaucoup de chiffres pour des petits délits : vol à l’étalage, non présentation du permis de conduite… Faire beaucoup de timbres amendes (PV), beaucoup d’interpellations, remplir les cellules de garde à vue, des petits concours à la fin de la journée, qui mettait le plus de timbres amandes : « Moi aujourd’hui j’ai fait rentrer 1500€ aux caisses de l’état, et toi t’as fait combien aujourd’hui ? ». C’est absurde.
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Policier anonyme : Le ministre encourage ses troupes à faire du chiffre. Il y a des départements qui ont des primes en fonction des meilleurs résultats, et d’autres pas. Donc le type suspect, le type qui est « connu » on va le prendre et puis on va trouver n’importe quoi… Un gramme de shit, n’importe quoi… ça fera une procédure de plusieurs pages pour trois fois rien. D’un autre côté quand il y a un incendie ou un accident C’est vraiment une activité mais c’est pas pris en compte ça. C’est là où le… le policier de base en sécurité publique est le plus utile. Enfin je veux dire que c’est ce que le citoyen attend le plus du policier de base: qu’il soit là quand il y a un incident. Mais ça, ça compte pas dans les statistiques. D’ailleurs quand il y a un accident, c’est à qui n’ira pas.
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Carton : En février 2007 « Libération » publie un article sur les travaux de deux chercheurs Jean-Hugues Matelly et Christian Mouhana qui mettent en avant les incohérences des statistiques policières.
En septembre 2006, grâce à leurs efforts constants, les policiers avaient pourtant réussi le tour de force de résoudre plus d’affaires qu’ils n’en avaient constatées dans plusieurs catégories d’infraction…
Usage de stupéfiants : 8620 faits constatés / 9216 élucidés
Infractions aux conditions d’entrée de séjour des étrangers : 5882 faits constatés / 6020 élucidés
Travail clandestin : 577 faits constatés / 652 élucidés
Outrages à dépositaire d’autorité : 2793 faits constatés / 2798 élucidés
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Jamel : « Le fonctionnaire de la police nationale est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre et impartial : il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. Placé au service du public, le fonctionnaire de police se comporte envers celui-ci d’une manière exemplaire. Il a le respect absolu des personnes, quelle que soient leur nationalité ou leur origine, leur condition sociale ou leurs convictions politiques, religieuses ou philosophiques. » (NDLR : art. 7, extrait des « DEVOIRS GENERAUX DES FONCTIONNAIRES DE LA POLICE NATIONALE »)
(Éclat de rire) Franchement, ça me fait rire parce que c’est toujours pas respecté, moi j’ai reçu l’ordre d’une lieutenant de police qui a demandé à mon groupe de contrôler uniquement des NA (Nord Africain) et des noirs. Quand j’étais policier, je m’habillais souvent en jogging, basket, un petit peu « racaille ». Je me faisais interpeller par mes collègues, des fois je laissais parler, dès que je voyais que ça allait partir en sucette, que le mec, il me respectait pas, généralement je leurs disais : « C’est comme ça qu’on vous a appris à parler à l’ ENP ? » Ecole Nationale de Police, ce sont des abréviations que personne ne connait, donc généralement je jouais là-dessus. Et là on me dit : « Vous êtes qui ? ». Je dis : « Je suis fonctionnaire de police aussi ». « Ah ! Ben fallait le dire ». « Non j’ai pas à te dire que je suis fonctionnaire de police, tu dois respecter tout le monde. Moi, tu ne viens pas, tu me dis pas : « Mets tes mains contre le mur », je suis pas ton chien, on n’a pas élevé les cochons ensemble, tu vas me parler autrement, tu vas te calmer, tu vas baisser d’un ton et là ça va se passer autrement »
Malheureusement si on est noir, si on est arabe, on a trois fois plus de chances, quatre fois plus, dix fois plus de chances, de se faire interpeller par la police. Faut voir la réalité en face.
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Une interview réalisée par Regarde à vue – 2007

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